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Dans Le point : « Barreau de Paris : Ce document confirme les attributions féodales du bâtonnier »

« Le Point » a publié un rapport exclusif sur les dépenses du barreau de Paris. Mes réactions   Propos recueillis par Mélanie Delattre.

Avocat à Paris depuis XX années, vous avez été candidat au bâtonnat à trois reprises. Que vous inspire la lecture du rapport publié par le Point retraçant les dépenses d’honoraires de l’Ordre depuis 2009 ?

Ce rapport confirme, étaye et documente ce que j’avais eu l’audace de dénoncer : le train de vie fastueux du Conseil de l’Ordre, les attributions féodales du Bâtonnier et notamment l’usage pernicieux consistant à distribuer discrétionnairement avantages, postes et honoraires.

Etes-vous surpris par les montants en jeu, que l’on parle des honoraires des Bâtonniers successifs ou des frais engagés pour des missions auprès de cabinets extérieurs, vous qui vous étiez engagé au cours de vos différentes campagne à « réduire le train de vie de l’Ordre » ?

Non. J’ai vu flamber au fil des années le poste « honoraires avocats » du budget du Conseil de l’ordre. Il a été multiplié par trois en douze ans, passant 1,506 036 en 2003 à 4 751 232 € en 2015. Alors que le budget du Conseil de l’Ordre progressait de 85 % en douze ans, le poste « honoraires » a crû de 233 %.

En tant qu’ancien membre du Conseil de l’ordre des avocats, pouvez vous nous expliquer à quoi correspondent ces dépenses dites « d’honoraires », qui s’élèvent chaque année à plusieurs millions d’euros ? Quels types de missions l’Ordre est-il amené à déléguer à des avocats ou à cabinets ?

Une partie de ces dépenses correspond, fort heureusement, à des missions réelles, liées au fonctionnement quotidien de l’Ordre. Une autre partie a permis aux Bâtonniers successifs de s’assurer le soutien de notables et de nouer des fidélités. En toute opacité.

A votre connaissance, le bâtonnier décide-t-il de façon discrétionnaire de l’affectation de ces missions et du montant auquel elles seront payées, ou agit-il dans un cadre collégial ?

Oui. Sans appel d’offres ou mise en concurrence.

Si chaque Bâtonnier distribue postes et missions à ses proches, il est aussi contraint (par coutume et par prudence) de continuer de rémunérer les alliés et les fidèles de ses prédécesseurs. Cette logique est inflationniste.

A quel type de travaux correspond le terme de « missions non régaliennes », qui revient souvent dans le document ?

Aucune idée. Il s’agit probablement de missions qui sortent complètement du champ de compétences du Bâtonnier.

Comprenez-vous la distinction faites la répartition des dépenses entre « permanents » et « temporaires »?

J’imagine que les « permanents » sont ceux qui dirigent les services réglementaires tels que la déontologie, la tenue du tableau ou les séquestres. Quant aux « temporaires », ils exercent ponctuellement des missions pour la fixation des honoraires ou les arbitrages entre confrères, pour la formation des avocats, ou pour ou encore dans le cadre de consultations plus spécifiques. Certains le font avec dévouement. D’autres moins.

Un peu de transparence sur la réalité de ces missions et sur la grille de rémunération ne peut pas nuire.

Étiez vous pour votre part rémunéré en honoraires lorsque vous étiez élu du Conseil de l’Ordre ?

Vous plaisantez ? Jamais. En aucune façon.

Ce rapport est une pièce émanant du dossier de défense de l’actuel Bâtonnier Frederic Sicard dans un litige qui l’oppose à vous. Vous êtes donc l’homme qui aura permis de dévoiler au grand jour ces chiffres tenus secrets, mais aussi celui par qui le scandale arrive. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Ne craignez-vous pas d’affaiblir l’Ordre parisien alors que se profile l’élection du « bâtonnier des bâtonniers », supposé revenir cette année à Paris ?

Je n’ai strictement rien dévoilé. Je suis loin d’être le seul destinataire et encore moins le seul détenteur de ce rapport.

J’avais fait de la moralisation des instances ordinales de Paris l’axe central de mes candidatures. La publication de ce rapport va contraindre le Barreau Parisien à revoir son mode de fonctionnement monarchique.

Le litige qui vous oppose au bâtonnier Sicard porte sur la rémunération d’un rapport qu’il vous a commandé pour le compte de l’Ordre. Vous lui réclamez le paiement de ce qu’il vous doit pour ce travail, considérable selon vous. Dans un communiqué daté du 29 août, l’Ordre s’est ému de la somme que vous réclamiez. Avez-vous l’impression qu’il existe une dualité de traitement selon que l’on est dans les petits papiers du bâtonnnier ou non ?

Il y a pire.

10 % du budget annuel, financé par les 30 000 avocats parisiens, est reversé à une poignée de notables et de proches. C’est une forme de redistribution, mais à l’envers.

 Le point : « Barreau de Paris : Ce document confirme les attributions féodales du bâtonnier »

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Des confrères répondent à Christian Charrière-Bournazel

J’ai décidé de ne pas répondre à la lettre ouverte de Christian Charrière-Bournazel.

Plusieurs d’entre vous l’ont fait à ma place.

Monsieur le Bâtonnier, et cher confrère,

J’ai lu avec stupéfaction votre appel à voter, non comme notre conscience nous le commande, mais comme nous l’imposerait une consécration « voulue par la loi ».

Je ne connais pas de législateur qui puisse commander le vote d’un homme libre, surtout pas celui d’un avocat, et exiger que nous exprimions un choix qui ne serait pas le nôtre mais celui d’un usage, d’une tradition, voire d’une loi.

Et si ce n’est pas une nouvelle élection, il ne faut pas nous demander de voter.

Les mots que vous avez employés au sujet de la campagne d’un confrère – que vous n’avez pas été jusqu’à nommer par pudeur ou par crainte de lui offrir une nouvelle tribune – ont achevé de me convaincre de voter pour lui.

Comme vous m’avez fait l’honneur de me donner votre avis, qui ressemblait fort à un ordre, je tenais à vous exprimer le mien que vous prendrez peut-être pour un désordre.

Monsieur le bâtonnier et cher confrère,

Je suis un membre de votre peuple d’avocat et je vous remercie très chaleureusement de me faire ingurgiter une consigne qui se signale, après réflexion, par un arrière-goût « soviétique » prononcé pour le moins exquis quoique difficilement digeste pour un esprit fragile comme le mien. (…)

Il ne doit pas s’agir en effet d’un vote mais d’une consécration – selon vos propres termes.

En réalité, il doit s’agir d’une mascarade encore plus grande qui couvre des pratiques surannées et un entre-soi détestable.

En toute confraternité et en retour, je m’autorise enfin à vous donner la consigne suivante : ne sous-estimez pas les « jérémiades » qui crient dans le désert car elles pourront finir par se rallier.

Monsieur le Bâtonnier, Cher Confrère,

Je fais suite à votre courriel du 04 courant dont le contenu m’a quelque peu surpris.

Vous nous indiquez en effet que nous ne serons qu’invités à confirmer l’élection de nos confrères Pierre-Olivier Sur et Laurent Martinet, non à une nouvelle élection.

Or, soit nous avons la possibilité de porter nos voix sur des confrères autres que ceux présentés comme ceux censés devenir Bâtonnier et Vice-Bâtonnier, et il s’agit bien d’une élection.

Soit nous ne l’avons pas, et il ne s’agit alors pas d’une élection.

Quel sens donner en effet à un vote dans lequel il n’y a pas de choix ? Et dans ce cas, quel intérêt y a-t-il à aller voter ?

Cher Confrère,

Je vous prie de bien vouloir enlever mon nom de votre base de données pour les mails.

Autant je suis ravi de recevoir les professions de foi de ceux qui souhaitent prendre des responsabilités, autant le dénigrement de candidats qui ont parfaitement le droit de faire campagne n’a pas sa place, ni dans la campagne, ni dans ma boîte email.

Au plan juridique, on peut se demander si cette utilisation du fichier de l’Ordre est une finalité comprise dans la déclaration de la base de données faites par l’Ordre à la CNIL.

 

Je vous dois un aveu

Je vous dois un aveu. J’ai longtemps eu du respect pour le Conseil de l’ordre et pour les Bâtonniers.

C’est vrai. Ma carrière professionnelle n’a pas été un long fleuve tranquille. Mes combats, notamment pour la liberté d’expression, m’ont valu d’être poursuivi plus d’une fois. Sans parler des procès en diffamation.

Je me suis souvent heurté à de puissants intérêts. Ou à de médiocres représailles. Plusieurs fois mis en difficulté, il m’est arrivé de me tourner vers mon Bâtonnier. En situation d’urgence, on pouvait franchir la porte du Bâtonnier et lui demander conseil.

Primus inter pares, celui-ci exerçait alors un véritable magistère.

J’ai révéré Louis-Edmond Pettiti. J’ai aimé Mario Stasi. J’ai respecté les Bâtonniers Ader et Bigault du Granrut. J’ai admiré ces figures. Les rituels un peu surannés du Conseil de l’ordre, les privilèges qui accompagnaient la fonction de Bâtonnier ne me heurtaient même pas. D’une certaine manière, ils étaient mérités. Et il ne serait venu à l’idée de personne de mettre en doute leur désintéressement. C’est dans cette lignée que j’entends inscrire ma candidature. Et mon mandat, si vous en décidez.

Au fil des années, l’institution du Bâtonnat, à quelques exceptions près, a changé de nature. Les connivences et l’autoritarisme ont pris le dessus. C’est vrai. J’ai la nostalgie d’une époque ou les Bâtonniers inspiraient le respect. Une époque ou la confraternité n’était pas un vain mot.

C’est vrai. Au cours de cette campagne, j’ai durci le ton de mes critiques. Je les ai documentées. J’ai soumis à examen le bilan du Dauphin sortant. J’ai renoncé aux prudences habituelles.

Le dauphin sortant s’est muré dans le silence. Son silence n’est pas indifférence : dans l’ombre, une partie de l’appareil ordinal s’est mobilisée pour faire obstacle à ma candidature. Le matériel électoral suggère insidieusement que le scrutin n’aurait pour objet que la seule confirmation du Bâtonnier désigné. Mieux : un ancien Bâtonnier a cru bon de soumettre, il y a 48 heures, au Conseil de l’Ordre une motion condamnant ma candidature comme rompant avec les usages. En pure perte.

C’est vrai, il m’est arrivé de me sentir un peu seul. Dans les courriers que nombre d’entre vous m’adressent, j’ai aussi trouvé souvent encouragements et réconfort. J’y découvre également des diagnostics et des griefs à l’encontre de notre instance ordinale. Des préconisations et des doléances.

Si j’aspire à être bâtonnier, c’est pour m’inscrire dans une lignée prestigieuse. Et restituer à cette fonction la dignité qu’elle n’aurait jamais dû perdre.

C’est vrai. J’ai pris de nombreux engagements. Si vous m’élisez, il ne sera pas aisé, en deux ans, de tous les tenir. Je ne ménagerai pas ma peine, soyez en sûrs. Sachez, en tout cas, que ce mandat ne sera pas mis au service d’une ambition ou d’une carrière.

A 62 ans, professeur des universités, 40 ans de barre, je n’ai plus rien à prouver.

Un vice-bâtonnier : pourquoi faire ?

Le vice-bâtonnat est une invention récente.

S’il s’agit de se faire seconder, ou représenter, le Bâtonnier peut donner délégation à des membres du Conseil. Nombre d’entre eux seraient honorés d’exercer ce rôle, et de le faire gracieusement. Élus au même suffrage universel que le Bâtonnier, ils ont toute légitimité pour le faire.

Pour avoir siégé de 2010 à 2012 au Conseil de l’ordre, j’ai vécu de près l’échec de cette expérience, dès sa deuxiéme édition. L’actuelle bâtonnière a brutalement retiré toutes ses délégations à son vice-bâtonnier dès le début de son mandat, sans oser pour autant le priver de ses émoluments.

Cette « trouvaille » hasardeuse aura, de surcroît, pour effet, dans quelques années, de doubler mécaniquement le nombre des anciens Bâtonniers et vice-bâtonniers au sein du Conseil.

Le vice-bâtonnat doit bien servir à quelque chose, mais à quoi ?

Le Bâtonnier Vatier nous l’explique : « Le ticket agrandit seulement le prisme du candidat au bâtonnat qui va chercher a s’entourer d’une personnalité complémentaire à la sienne. Si le vice-bâtonnier favorise la campagne du candidat au bâtonnat, il n’améliore pas, bien au contraire, les règles de gouvernance ».

Le dauphin sortant Pierre-Olivier Sur sait évaluer les situations.

En 2010, candidat au dauphinat face à Christiane Feral-Schuhl, il fit le choix de la parité en composant un ticket avec l’une de nos consœurs.

En 2012, plus soucieux que jamais de sécuriser son élection, il sacrifie sa colistière de 2010 et passe alliance avec Laurent Martinet, associé du bureau parisien de Jones Day, fort à lui seul d’une centaine d’avocats.

En 2013, candidat comme moi au Bâtonnat, il renouvelle son allégeance aux grands cabinets anglo-saxons.

Pour ce qui me concerne, je me présente sans vice-bâtonnier. Et me prive de l’outil de ratissage électoral qu’il représente. Accessoirement, j’évite à vos cotisations une ponction aussi coûteuse que superflue. Le vice-bâtonnat n’est, fort heureusement, qu’une simple faculté.

Le moment est-il venu pour les grands cabinets de se faire arbitres des élections ordinales, « faiseurs » de Bâtonniers ? Cela ne dépend que de vous.

Bâtonnat 2013: Lettre aux abstentionnistes

Chers abstentionnistes, chers confrères, chers amis

Même si cela n’assure pas mon élection, j’ai la conviction qu’une participation exceptionnelle à ce scrutin et un soutien massif à ma candidature pour le bâtonnat sont le seul message clair de nature à faire évoluer un système inégalitaire et anachronique que vous réprouvez.

Vous faites peut-être partie des 65 % d’avocats qui ne prenez pas part à l’élection du Bâtonnier.

Il n’est pas difficile de comprendre les raisons qui tiennent une large majorité d’avocats à l’écart de ces consultations électorales.

  1. L’élection du Bâtonnier ne me concerne pas. C’est une affaire interne à la petite oligarchie qui domine le Barreau : ténors autrefois, avocats d’affaires issus de grandes structures aujourd’hui
  2. Les sujets qui agitent cette assemblée de notables satisfaits n’ont pas grand chose à voir avec les difficultés que je rencontre
  3. Avec ses titres issus en droite ligne de l’Ancien Régime (Dauphin et vice-dauphin !!!), ses fastes et ses rituels d’un autre âge, le Conseil de l’Ordre est le temple du conservatisme
  4. C’est gentil de me demander mon avis mais franchement, je ne vois pas de grande différence entre les candidats

Il m’incombe de surmonter cette indifférence mêlée de scepticisme.

J’y réponds point par point.

1. L’élection du Bâtonnier ne me concerne pas.

A tort.

Le conseil de l’ordre et le Bâtonnier disposent de pouvoirs bien réels : du règlement intérieur du barreau au pouvoir de sanction.

Il dispose moyens d’action humains (170 salariés) et budgétaires (60 millions d’euros par an) qui sont loin d’être négligeables. L’instance ordinale est au centre d’un écosystème d’institutions : pépinière, Institut de Droit Pénal, Conférence du Barreau de Paris, Maison du barreau, Fonds Barreau de Paris Solidarité… Le Bâtonnier, en outre, préside la CARPA et l’EFB.

2. Les sujets qui agitent cette assemblée de notables satisfaits n’ont pas grand chose à voir avec les difficultés que je rencontre

Je nuancerai ce propos.

Pour la défense du secret professionnel et la réforme de la garde à vue, l’Ordre a su faire acte de courage.

Il aurait pu se faire entendre plus clairement sur le soutien aux nombreux confrères en difficulté. Et qu’il se montre plus incisif sur les droits des mineurs et ceux des étrangers.

Il pourrait être plus attentif à la précarisation de la profession : environ 6 000 avocats parisiens déclarent des revenus inférieurs à 17 500 euros par an. Il pourrait remédier à l’augmentation des disparités de richesse dans la profession, à la une stagnation, voire au recul, des revenus des avocats en première année d’exercice.

Il se grandirait s’il était plus vigilant quant au train de vie dispendieux du Bâtonnier. Et moins pingre quand il s’agit de solidarité. Alors que la situation d’un nombre croissant d’entre nous continue de se dégrader, le montant des exonérations de cotisations qui était de 700 000 euros en 2012 a été ramené à 600 000 euros en 2013. Quant aux dépenses de secours (réserve d’intervention de solidarité), elles plafonnaient en 2012 à 159 840 euros. Mais qui peut donc comprendre que l’effort de solidarité pour tout le Barreau de Paris soit inférieur à l’indemnité annuelle de base du seul Bâtonnier (180 000 euros HT) ?

Alors que le barème des cotisations est progressif pour la grande majorité d’entre nous (et peut atteindre 1,4 % de nos revenus), il repasse en dessous de 1 % des revenus au-delà de 520 000 € (avec une cotisation plafonnée à 4 800 €) et devient carrément dégressif.

Si on combine les effets du barème des cotisations avec celui des assurances (RCP et prévoyance), indépendant du niveau de revenus, on obtient une «pyramide inversée». Un avocat qui gagne péniblement 10 000 euros par an devra consacrer 13 % de ses revenus aux trois cotisations. Il leur consacrera 6,5 % s’il en gagne 20 000 €, moins de 2 % s’il gagne plus de 150 000 €. Moins de 1 % s’il accède à de très hauts revenus.

3. Un temple du conservatisme.

Pas faux.

Et d’ailleurs tout semble concourir, dans ses procédures (renouvellement par tiers tous les trois ans, institution du dauphinat) et dans sa composition (nombre d’anciens bâtonniers, auxquels on voudrait ajouter les ex-vice-bâtonniers sans parler des dauphin et vice-dauphin) pour brider ou atténuer une éventuelle volonté de réforme, si elle se manifestait dans les urnes.

Temple du conservatisme, le Conseil de l’Ordre est aussi l’agent d’une modernisation de la profession, pensée principalement en termes de parts de marché à étendre, d’ouverture a de nouvelles activités au profit, le plus souvent, des grandes structures.

J’engagerai une modernisation du Conseil en vue de le rendre plus représentatif de la profession. A commencer par les collaborateurs : 45% du Barreau, 2 % des membres actuels du Conseil.

4. C’est gentil de me demander mon avis mais franchement, je ne vois pas de grande différence entre les candidats.

Faux.

Le dauphin sortant entend poursuivre et même accélérer une modernisation de la profession, pensée principalement en termes de parts de marché à étendre, d’ouverture à de nouvelles activités au profit, le plus souvent, des grandes structures.

Il voit dans l’engorgement du judiciaire un « relais de croissance pour les grands cabinets ».

Je ne partage pas cette vision de la profession.

Je me refuse à voir dans l’engorgement judiciaire une opportunité. La modernisation n’est pas synonyme pour moi, de marchandisation du droit.

Selon Robert Badinter, la modernité confronte notre profession à trois défis : l’international, le numérique, la judiciarisation de la société. J’y souscris.

J’y ajouterai le retour à une certaine confraternité. Trop souvent mise à mal.

Parmi les candidats en lice, je suis seul à afficher une volonté d’en finir avec des pratiques d’un autre âge et d’introduire de véritables changements.

Seul, enfin, à avoir pris les engagements suivants :

  • Je veillerai personnellement à garantir l’impartialité des procédures disciplinaires
  • Je réduirai le train de vie du Conseil de l’Ordre
  • Je réduirai de 40 % ma rémunération
  • Je renoncerai aux attributions quasi-féodales du Bâtonnier, notamment à l’usage détestable consistant à distribuer discrétionnairement avantages, postes et décorations
  • Je soumettrai à appels à candidatures le recrutement des chargés de mission dont les derniers Bâtonniers se sont entourés sans compter
  • J’engagerai une modernisation du Conseil en vue de le rendre plus représentatif
  • Je renoncerai à exercer la fonction d’autorité de poursuite. Le bâtonnier de l’ordre ne saurait être à la fois le confident naturel de ses confrères et leur accusateur public.
  • J’abolirai le vice-bâtonnat, inutile et dispendieux
  • Je proposerai à une refonte complète de l’actuel régime de cotisations pour réduire les inégalités au sein de la profession : augmentation du nombre de tranches pour les cotisations à l’Ordre, instauration de la progressivité pour la RCP
  • Je veillerai à élargir les capacités d’accueil et les moyens de la pépinière.
  • Je rémunérerai dignement les enseignants de l’EFB.
  • Je mettrai tout le poids que confère le titre de Bâtonnier de Paris pour empêcher le transfert du Palais aux Batignolles.

Et pour rouvrir, avec les Pouvoirs publics, le dossier de l’aide juridictionnelle.

Enfin, je veux que les plus jeunes de nos confrères bénéficient de ce que leurs aînés ont connu : un bâtonnier accessible, disponible. Et désintéressé.

S’il y avait le moindre doute : Infirmer ou confirmer

Un certain nombre d’entre vous s’interrogent sur la portée exacte du scrutin du 10 décembre.

  • Si le Bâtonnier est déjà désigné, comme le suggèrent les documents du Conseil de l’Ordre, quel est le sens de cette élection ? Une simple formalité ? Un rituel folklorique ? Un plébiscite ?
  • Si le Bâtonnier est déjà élu, et s’il ne s’agit que de le confirmer, comment se fait-il qu’il y ait d’autres candidats en lice ?

Je vous dois quelques explications. En deux temps.

a) Non. Le scrutin du 10 décembre n’est pas une simple formalité.

Les auteurs des textes qui régissent l’élection du Bâtonnier ont souhaité que les avocats, à l’issue de l’année de dauphinat, puissent corriger le choix qu’ils ont fait un an plus tôt. Cette année de dauphinat est une année d’observation ou de probation. Elle permet, par exemple, aux avocats de juger si le Dauphin sortant a agi conformément aux engagements qu’il avait pris. (Voir Bilan d’un Dauphinat)

Ils demeurent libres de confirmer ou d’infirmer le choix qu’ils avaient fait.

Les précédents ne manquent pas, de barreaux qui n’ont pas confirmé le Dauphin sortant. Strasbourg et Marseille pour ne citer qu’eux.

Et cela, même si aucun compétiteur ne se présente face à lui.

Certains Barreaux ne s’en privent pas. Ainsi, à Boulogne sur Mer, un dauphin sortant, élu à la majorité absolue par ses pairs fin 2010, n’a pas réuni une majorité suffisante un an plus tard. Son élection a été infirmée.

 b) Non. L’élection dite de confirmation ne se doit en rien d’être à candidat unique.

Dès lors qu’un candidat, ou plusieurs, se présente (nt) face au Dauphin, l’élection redevient un scrutin à part entière. C’est le cas. Et le scrutin peut parfaitement déboucher sur l’élection d’un candidat autre que le dauphin. Soit parce que les électeurs regrettent leur choix. Soit parce qu’ils lui préfèrent son compétiteur.

Bref : ce n’est pas le scrutin de 2012 qui désigne le bâtonnier.

C’est le scrutin du 10 décembre 2013. Et lui seul.

Déménagement aux Batignolles : les jeux ne sont pas faits

Comme vous le savez sans doute, le chantier est au point mort. A ce jour, aucun parpaing n’a été posé, aucun béton n’a encore été coulé. En cause, le refus des banques de débloquer les fonds nécessaires à la poursuite du chantier tant que les recours contre le projet ne seront pas purgés.

Bref : les jeux ne sont pas faits. Loin s’en faut.

En mars 2012, 65 % du Barreau de Paris exprimait son opposition au transfert du Palais.

En décembre 2012, alors qu’il concourait pour le dauphinat, Pierre-Olivier Sur n’avait pas de mots assez durs pour contester le déménagement du Palais de justice aux Batignolles.

« Ce projet conçu en 1996, avant la numérisation intensive, est obsolète. Prévu pour un budget de 500 millions, il devrait coûter 2,5 milliards ». Il avait même déclaré : « Il ne se fera pas ».

Il a changé d’avis depuis. Moi pas.

Je reprends à mon compte cet engagement que Pierre-Olivier Sur avait pris. Et qu’il a depuis oublié.

Un contrat aussi déséquilibré en faveur de Bouygues, quasi-léonin, et les dessous de l’affaire, finiront par permettre l’annulation de cette convention.

Si le transfert est ruineux pour les finances publiques, il risque fort de l’être aussi pour le Barreau de Paris. J’ajoute que je reste troublé par le choix répété de l’entreprise Bouygues pour le Palais de Justice et pour l’EFB.

Je blâme les deux derniers Bâtonniers ; et je blâme particulièrement le Dauphin sortant, Pierre-Olivier Sur, qui comme moi sollicite vos suffrages pour le Bâtonnat, d’avoir capitulé au moment où l’espoir renaît. Et de cesser le combat avant même une issue juridictionnelle.

Le premier acte de mon mandat, si je suis élu, sera de former une intervention volontaire en qualité de Bâtonnier auprès de la Cour Administrative d’Appel, devant laquelle l’affaire est actuellement pendante.

Je mettrai tout le poids que confère le titre de Bâtonnier de Paris pour empêcher le transfert du Palais de Justice.