Lettre aux abstentionnistes

Chers confrères,

Vous faites peut-être partie des 60 % d’avocats qui ne prenez pas part à l’élection du Bâtonnier.

Il n’est pas difficile de comprendre les raisons qui tiennent une large majorité d’avocats à l’écart de ces consultations électorales.

  • L’élection du Bâtonnier ne me concerne pas. C’est une affaire interne à la petite oligarchie qui domine le Barreau : ténors et grands pénalistes autrefois, avocats d’affaires issus de grandes structures aujourd’hui…
  • Avec ses titres issus en droite ligne de l’Ancien Régime (Dauphin et vice-dauphin !!!), ses fastes et ses rituels d’un autre âge, le Conseil de l’Ordre est le temple du conservatisme.
  • Les sujets qui agitent cette assemblée de notables satisfaits n’ont pas grand chose a voir avec les difficultés que je rencontre ou les causes qui donnent du sens à mon activité.
  • C’est gentil de me demander mon avis mais franchement, je ne vois pas de grande différence entre les candidats.

Il m’incombe de surmonter cette indifférence mêlée de scepticisme.

J’y réponds point par point.

  • L’élection du Bâtonnier ne me concerne pas.

A tort. Le conseil de l’ordre et le Bâtonnier disposent de pouvoirs bien réels : du règlement intérieur du barreau au pouvoir de sanction en cas de manquement aux règles de la profession. De moyens d’action humains (170 salariés) et budgétaires (54,5 millions d’euros en 2012) qui sont loin d’être négligeables. L’instance ordinale est au centre d’un écosystème d’institutions : pépinière, Institut de Droit Pénal, Conférence du Barreau de Paris, Maison du barreau, Fonds Barreau de Paris Solidarité… Le Bâtonnier, en outre, préside la CARPA et l’EFB.

  • Un temple du conservatisme.

Pas faux. Et d’ailleurs tout semble concourir, dans ses procédures (renouvellement par tiers tous les trois ans, institution du dauphinat) et dans sa composition (nombre d’anciens bâtonniers, auxquels on voudrait ajouter les ex-vice-bâtonniers sans parler des dauphin et vice-dauphin) pour brider ou atténuer une éventuelle volonté de réforme, si elle se manifestait dans les urnes.

Temple du conservatisme, le Conseil de l’Ordre est aussi l’agent d’une modernisation de la profession, pensée principalement en termes de parts de marché à étendre, d’ouverture a de nouvelles activités au profit, le plus souvent, des grandes structures.

J’engagerai une modernisation du Conseil en vue de le rendre plus représentatif de la profession. A commencer par les collaborateurs : 45% du Barreau, 2 % des membres actuels du Conseil.

  • Les sujets qui agitent cette assemblée de notables satisfaits n’ont pas grand chose à voir avec les difficultés que je rencontre ou les causes qui donnent du sens à mon activité.

J’inscrirai à l’ordre du jour du Conseil de l’Ordre :

  • la nécessité d’une refonte complète de l’actuel régime de cotisations ;
  • l’augmentation du nombre de tranches pour le barème des cotisations à l’Ordre ;
  • l’instauration de la progressivité pour les cotisations au CNB et la RCP ;
  • l’abolition des prérogatives de recouvrement forcé des cotisations ordinales, des cotisations CNB et surtout CNBF ;
  • l’élargissement des exonérations pour les avocats dont les revenus sont les plus faibles.

J’organiserai la remise à plat des conditions d’accès à la profession, qui d’élargissement en élargissement, pénalisent les plus jeunes d’entre nous

J’engagerai une réforme en profondeur de l’EFB.

Je mettrai tout le poids du Bâtonnier dans la balance pour revaloriser sensiblement l’aide juridictionnelle.

  • C’est gentil de me demander mon avis mais franchement, je ne vois pas de grande différence entre les candidats.

Faux.

Membre du Conseil de l’ordre en fin de mandat, je suis le seul à avoir vécu de près ses dérives les plus récentes.

Seul aussi à me priver de l’outil électoral que représente le vice-Bâtonnier :  j’ai vécu de près l’échec de cette institution dès sa deuxième expérience.

Le seul à afficher une volonté d’en finir avec des pratiques d’un autre âge et d’introduire de véritables changements.

Seul, enfin, à avoir pris les engagements suivants :

  • Je soumettrai à référendum les orientations qui engagent l’avenir de notre profession
  • Je veillerai personnellement à garantir l’impartialité des procédures disciplinaires
  • Je réduirai de 40 % ma rémunération
  • Je renoncerai aux attributions quasi-féodales du Bâtonnier, notamment à l’usage détestable consistant à distribuer discrétionnairement avantages, postes et décorations
  • Je soumettrai à appels à candidatures le recrutement des chargés de mission dont les derniers Bâtonniers se sont entourés sans compter
  • Je réduirai le train de vie du Conseil de l’Ordre

Si ma démarche et ces propositions rencontrent un écho auprès de vous, n’hésitez pas à le faire savoir les 11 et 13 décembre.

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2 réflexions au sujet de « Lettre aux abstentionnistes »

  1. Michel Laviolette

    S’agissant de l’abstention du vice-bâtonnier Yvon Martinet du fait d’un désaccord avec Mme le bâtonnier, vous en dites trop ou pas assez. S’il s’abstient en raison d’un désaccord ou de quoi que ce soit d’autre d’exercer les fonctions pour lesquelles il a été élu et pour lesquelles il est apparemment payé, il doit immédiatement démissionner. Ou bien il doit tout aussi immédiatement diffuser un démenti explicite à votre affirmation. A vous déjà de compléter votre affirmation. Quoi qu’il en soit je suis assez d’accord avec vous et avec Bernard Vatier s’agissant de l’institution du vice-bâtonnier.

    Répondre

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